Adaptations et écritures : la singularité de notre démarche

Professeure agrégée de Lettres classiques, Gabrielle Ordas a débuté son parcours d'enseignante tout en cultivant sa passion pour le théâtre. Cette double casquette, du pupitre à la scène, a rapidement orienté sa pratique vers une réflexion plus profonde sur l'esthétique et la fonction du théâtre dans la société. Ce mélange unique d'expériences forge la singularité des adaptations et des écritures du Théâtre du Matin. Chaque œuvre est une relecture inventive, un dialogue entre le passé littéraire et les enjeux contemporains, offrant au public des expériences théâtrales profondes et innovantes.

1989 : Mémoires de deux jeunes mariées

En 1989, elle adapte le roman de Balzac pour la Cie Théâtre du Matin ; elle y figurera aux côtés de Cécile Violet. Dans les années qui suivent, le spectacle est repris plusieurs années de suite, et mis en scène par Jacqueline Ordas. En 1995, elle joue avec Catherine Jacoux, et, de 2013 à 2017, ce sont Jacqueline Corado et Hélène Hiquily qui reprennent les rôles, toujours sous la direction de Jacqueline Ordas. 

correspondance entre deux jeunes filles exprime toute la complexité de la condition féminine. Vouées à un rôle passif par le code Napoléon, elles clament leur frustration et leurs aspirations à un autre destin. 

1996 : Les égarements du coeur et de l'esprit

En 1996, elle adapte le roman de Crébillon fils pour la Cie du Théâtre du Matin qui narre l'apprentissage du libertinage d'un jeune aristocrate. Mise en scène par Jacqueline Ordas, cette pièce tourne dans de nombreux théâtres avec plus d'une centaine de représentations (Théâtre de l'île Saint-Louis ; tournée dans les châteaux Bordelais...). On y retrouve l'actrice Catherine Thérouenne, et la gambiste Marianne Müller

2016 : Le Rouge et le Noir, l'Opéra-Rock

Cette œuvre produite par Albert Cohen, et mise en scène par François Chouquet et Laurent Seroussi, est parsemée de compositions remarquables. Les paroles des différentes chansons ont principalement été écrites par Vincent Baguian et Zazie. Gabrielle Ordas est également l'auteure du single "La sagesse est de tous les âges" figurant dans la comédie musicale ; ce morceau est partiellement écrit en latin.

L'œuvre est nommée dans la catégorie "Meilleure comédie musicale" au Globe de Cristal 2017. Elle narre, comme dans le roman, les amours secrètes de Julien Sorel et Mme de Rênal. 

2019 : Lettres d'Afrique 

En 2016, elle approfondit sa collaboration avec le Théâtre Amazone en adaptant pour deux voix le roman Une si longue lettre de l'auteure Mariama Bâ. Celle-ci fut la première romancière africaine à décrire avec une telle lumière la place des femmes dans la société sénégalaise. La pièce est portée par deux actrices diplômées du Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris : Aline Belibi et Méta Mutela

2020 : Deux jeunes filles sous l'occupation

A l'occasion de la première édition du festival "Scène Ouverte Jeunes Talents", et dans un désir grandissant de transmettre à une prochaine génération de comédiens, elle adapte pour la scène le Journal à quatre mains de Benoîte et Flora Groult. Cette commande de la compagnie du Théâtre Amazone donne la parole à deux jeunes comédiennes qui incarnent les sœurs Groult, alors aux prises avec une jeunesse qui reste semblable à la jeunesse de tous les temps, pleine d'insolence, d'égoïsme, de romantisme, de l'espoir lancinant d'aimer et d'être aimée, en dépit d'une toute autre réalité, celle du marché noir, des rafles, de la répression, de la TSF clandestine... 

2021 : Dracula

Prolongeant sa collaboration avec la compagnie de Laurence Andreini-Allione, elle l'assiste à la mise en jeu et adapte pour une nouvelle création le roman magistral de Bram Stoker. Dans son adaptation, la figure du vampire permet d'exorciser les peurs, elle est un refuge contre des angoisses de fin du monde, d'effondrement sociétal...

La pièce est portée par deux acteurs majeurs du Théâtre Amazone : Eric Bergeonneau et Clémentine Bernard

2021 : le Neveu de Rameau

La même année, Gabrielle Ordas adapte pour la scène le dialogue de Diderot. Pour cette commande de la compagnie du Théâtre Amazone, on retrouve deux comédiens expérimentés pour porter ce texte complexe : Yves Pignot et Luc Clémentin. Cette adaptation insiste sur le goût musical du philosophe et ses idées révolutionnaires en la matière. Elle s'attache à restituer les mélodies d'opéras-comiques cités dans le texte et à restituer ainsi la fraicheur contestataire du marginal flamboyant inventé par Diderot.

2022 : Le Songe d'unne nuit d'été

Cette adaptation de Gabrielle Ordas  est aussi une commande de la compagnie du Théâtre Amazone. Dans cette œuvre, la pièce de Shakespeare est réécrite pour cinq acteurs. Avec une atmosphère musicale composée par Wilfried Hildebrandt, l'enjeu est de plonger le spectateur dans l'univers du merveilleux où l'on crée et recrée, avec la sereine crédulité de l'enfance. On y retrouve des acteurs diplômés du CNSAD et collaborateurs de longue date de Laurence Andreini-Allione

2023 : Boris Vian, correspondance jazz - de lettres en chansons

En 2023 Gabrielle  crée un texte pour une lecture, inspiré de « Correspondances 1932-1959 » éd.Fayard établie par Nicole Bertolt, et du « Traité de civisme » de Boris Vian, éd Livre de Poche, le tout rythmé par des chansons du poète-trompettiste. Dans cette création de la compagnie du Théâtre Amazone, on trouve le comédien Laurent Prévot, et le trompettiste Geoffrey Chartre

Romancier, poète, dramaturge, chansonnier, trompettiste... Boris Vian, peu (ou mal) lu de son vivant, redécouvert dans les années 1960, canonisé dans les années 1980, mais boudé par l'université parce que « trop léger ou trop libre » mettait "tout son sérieux à éviter d'être sérieux". Il est un inventeur de mots et de systèmes qui adorait l’absurde, la fête et le jeu ; un auteur prolifique de romans, nouvelles, poèmes, pièces de théâtre, critiques et chroniques de jazz, 500 chansons, manifestes, pamphlets… qui reste aujourd’hui "éminemment vivant".

« Et si l’on jouait avec les mots et s’ils étaient faits pour cela. »

"J'ai un vrai plaisir du texte. Je suis une littéraire, j'aime quand un texte est bien écrit, c'est important pour moi. J'aurais beaucoup de mal à monter une pièce écrite au plateau. Même si je trouve cette méthode de travail très intéressante, je ne me sentirais pas capable de faire ça. Construire sur un texte, pour moi, c'est une facilité. C'est un socle sur lequel on est libre de faire des variations. Et puis, il y a une certaine limpidité pour moi, grâce à mon expérience de lectrice, quand je suis face à un texte. Tout ce qui se dit dedans est très clair pour moi, et mon travail consiste à le rendre lisible par tous. Je n'ai pas envie de faire un théâtre qui ne soit pas compris de tous, du plus analphabète au plus érudit. J'aime le théâtre parce qu'il raconte des histoires simples dans une langue qui ne l'est pas toujours. Mais justement, la langue est totalement transcendée par le jeu ; et tout à coup, pour un spectateur de dix ou quinze ans, elle ne pose plus aucun problème."

Gabrielle

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