Dramaturgie : le cœur de notre théâtre

À la fin de sa formation professionnelle, Gabrielle Ordas a été confrontée à un dilemme : choisir de se consacrer entièrement au théâtre ou à l’enseignement. Son choix s'étant porté vers l'enseignement de la littérature, le besoin d’être au contact de la scène ne l’a pas quittée pour autant. Elle s'est alors consacrée à la dramaturgie, trouvant là un moyen d’associer la littérature à son amour du théâtre. Cette voie lui a permis d'explorer en profondeur les textes et de les transformer pour la scène. Lorsqu’il s’agissait de travailler en amont sur un texte, la collaboration avec Laurence Andreini-Allione était évidente, mêlant l’art à l’amitié. Ensemble, elles donnent vie aux œuvres et les adaptent pour un public divers.

Propriété Condamnée

En 2001, Gabrielle effectue la dramaturgie de la pièce de Tenessee Williams pour la compagnie du Théâtre Amazone. Un spectacle mis en scène par Laurence Andreini-Allione, dans lequel on retrouve Laure Bordin, Vincent CappelloPriscilia Boussiquet, Marlène Etienne et Tiana Guénant. avec un travail vocal de Fiona Stewart, une chorégraphie de Clara Cornil, des lumières de Stéphane Chapron, et le son de Christophe Dupuis.

"This Property is condemned" est un long poème, une tragédie du bonheur en un acte, une ode à l'enfance écorchée vive de Tennessee Williams. Willie caresse, marche, danse sa souffrance sur le fil d'une voie ferrée au son des sifflets de l'express "Boulet de canon". Une voie comme un rail de travelling, une vie comme au cinéma, un chemin de vie en fuite vers une autre voie. Willie s'étourdit d'images volées aux rêves hollywoodiens…

De cette vie funambulique à l'équilibre forcé naît une rencontre gémellaire avec Tom, le frère, le double de Tennessee qui permet à Willie de raconter l'improbable et de tenter une dernière fois de tracer la vie d'une enfance avortée, abîmée, de fuir une vie en se jouant de la mort.

La Belle et la Bête

En 2002, Gabrielle effectue la dramaturgie du texte de Madame le Prince de Beaumont pour la compagnie du Théâtre Amazone. Un spectacle mis en scène par Laurence Andreini-Allione, dans lequel on retrouve Marlène Etienne en alternance avec Julianne Plée, Mathieu Peudupin, Jean-Marc LallementLaure Bordin, et Bénédicte Dessombz en alternance avec Priscilla Boussiquet. Ce spectacle est également le fruit de diverses collaborations artistiques, notamment avec Dominique De Joux, à la création des chants Christine Van Beveren, avec des chants de Fiona Stewart, à la création du masque de la Bête Alain Lebon, des lumières de Stéphane Chapron, et au son Christophe Dupuis.

La Belle et la Bête est le voyage dans l'autre monde, celui d'un accessible amour, un rêve comme un mystère où l'invisible ouvre le passage qui révèle le monde du merveilleux. Le merveilleux reste la belle énigme, et c'est peut-être là son sens premier : donner à réfléchir, donner à rêver.

Plonger dans l'univers du merveilleux avec ravissement et la sereine crédulité de l'enfance, s'adonner à l'irréel et à la toute puissance de la parole qui crée de toutes pièces un univers où les critères du vraisemblable sont par définition exclus, c'est accepter le jeu de "croire ce que l'on raconte", et de ne pas mettre en doute, de croire "qu'une rose qu'on cueille peut déclencher une tragédie dans une famille"…

Nos désirs s'apparentent à une fascination pour la liberté de l'inconscient, dont la clé est le IL ETAIT UNE FOIS, "véritable sésame ouvre-toi de l'enfance" écrivait Jean Cocteau. 

Not about Nightingales

En 2005, Gabrielle effectue la dramaturgie de la pièce de Tenessee Williams traduit par Valérie Systermans et Claude Chastagner pour la compagnie Théâtre Amazone. Un spectacle mis en scène par Laurence Andreini-Allione dans lequel on retrouve Alice Carel, Laurent Schuh, Cyril Dubreuil, Eric Bergeonneau, Damien Henno, Jean-Marc Lallement, Jean-Michel Guérin. Avec une scénographie de Philippe Marioge, des lumières de Etienne Dousselin, un travail sonore de Christophe Dupuis et des costumes de Florence Laforge

Rien à voir avec les rossignols est une plongée dans l'univers carcéral, un regard sans concessions ni complaisance sur une société malade qui ne traite pas le mal qui la ronge.

Les drames personnels font échos au drame historique qui se joue en Europe à la même période… les prisonniers brûlés vifs dans le Klondike annoncent avec horreur les fours crématoires des camps de concentration et dénoncent avec force le nazisme et les régimes totalitaires. 

En hommage à Tennessee Williams, 20 ans après sa disparition, les artistes tenaient à replacer ce "faiseur de troubles" au cœur de leurs pensées et du présent.

Marie Tudor

En 2006 Gabrielle effectue la dramaturgie de la pièce de Victor Hugo pour la compagnie Théâtre Amazone. Un spectacle mis en scène par Laurence Andreini-Allione dans lequel on retrouve Marie-Aude Weiss, Laurent Prévot, Alice CarelEric Bergeonneau, Jean-Michel Guérin, Alexandre Ferrier, Jean-Marc Lallemand, Damien Henno, Antoine Dayres. La création lumière est d'Etienne Dousselin, la scénographie de  Philippe Marioge et Laurence Andreini-Allione, les costumes de Florence Laforge, et la création de l'univers sonore de Michèle Penniello et Christophe Dupuis

Marie Tudor est l'histoire d'un sacrifice dont le rituel s'accomplit au travers d'émotions fiévreuses d'un amour démesuré. C'est une machination consentie de vengeances croisées et chacune de ces vengeances a besoin d'une autre pour se construire, en même temps qu'elle est par elle détruite. 

Marie Tudor est un vertige à l'image des dessins d'Hugo où dominent des paysages crépusculaires. A l'entrée de la cour d'honneur du Château de la Roche-Courbon, une tour impose une surveillance implacable à d'éventuels ennemis. C'est cette même tour que nous retrouverons pour Marie Tudor, une ombre terrifiante à l'image du Palais de Westminster et de la Tour de Londres. Les scènes se succèdent dans l'atmosphère obscure et suintante des bords de la Tamise.

La Cagnotte

En 2007 Gabrielle effectue la dramaturgie de la pièce d'Eugène Labiche pour la compagnie Théâtre Amazone. Un spectacle mis en scène par Laurence Andreini-Allione dans lequel on retrouve Michel Baumann, Eric Bergeonneau, Christian Caro, Benoit Marchand, Marie-Aude Weiss, Audrey Lamy, Cyril Dubreuil, Jean-Marc Lallement, et Damien Henno. La scnéographie est concue par Philippe Marioge, les costumes par Florence Laforge, la création lumière est de Etienne Dousselin, la création sonore est de Mickael Schaller, la composition musicale de Christine Van Beveren, et les décors de Michel Pearson

"Cette comédie-cortège, écrite sur un rythme de Carnaval, passe tour à tour de la farce à la tragédie et du rêve au cauchemar pour mettre en scène le ridicule et l’absurde d’une petite bourgeoisie ambitieuse et corrompue. C’est à la croisée des chemins de la Cour d’honneur et de la Cour basse du Château de la Roche-Courbon que nous vous convions à partager cette irrésistible comédie, chef d’œuvre de l’art théâtral de Labiche." Laurence Andreini-Allione

Britannicus

En 2008 Gabrielle effectue la dramaturgie de la pièce de Jean Racine pour la compagnie Théâtre Amazone. Un spectacle mis en scène par Laurence Andreini-Allione dans lequel on retrouve Eric Bergeonneau, Clémentine Bernard, Maryline Even, Florian Guichard, Patrick Messe, Lydie O’Krongley, et Laurent Prévot. La scénographie est de Philippe Marioge, les costumes de Fabienne Varoutsikos, la mise en corps est effectuée par Sophie Gérard, la création lumière par Etienne Dousselin, la construction des décors par Le Pied en Coulisse, la régie générale par Vincent Robert et la régie plateau par Patrick Olivier.

Britannicus est une médiation sur le mal où la terreur et la jouissance criminelles sont en jeu...

"Loin d’être un péplum figé dans le temps, Britannicus est une pièce résolument vivante qui met en scène les liens entre destins historiques et desseins maléfiques. En une journée, Néron devenu empereur grâce aux odieux stratagèmes de sa mère Agrippine, élimine tous ceux qui font obstacle à sa quête de pouvoir absolu et enlève Junie, la fiancée de Britannicus, l’héritier légitime et son rival… La force et la majesté du vers racinien envoûtent et créent un théâtre pulsionnel de chair et de sang : le don du poète, le génie de Racine ! " Laurence Andreini-Allione

Idiot

En 2013 Gabrielle effectue la dramaturgie de la pièce écrite d'après le roman de Dostoïevski pour la compagnie Théâtre Amazone. Un spectacle mis en scène par Laurence Andreini-Allione dans lequel on retrouve Eric Bergeonneau, Clémentine Bernard, Valentine Alaqui, Romain Cottard, Philippe Maymat, et Bertrand PoncetLa scénographie et les costumes sont conçus par Charlotte Villermetla création lumière par Maurice Fouilhé (régie lumière : Thomas Laigle et Fanny Perreau), la création son par Michaël Schaller (régie son : Boris Van Overtveldt) et la régie générale a été effectuée par Laurent Semelier.

IDIOT, partition pour 6 acteurs au coeur des contradictions et des ambitions de la société déclinante de Dostoïevski, écrite en quatre mouvements comme les quatre parties du roman embrassent les quatre saisons : l’hiver, le printemps, l’été et l’automne. Chaque mouvement agit avec une grande rapidité d’action qui a l’allure de catastrophe, dans le sens d’un mouvement tourbillonnant. Cette adaptation donne à entendre une parole qui rassemble, qui donne le goût de l’autre. La chair des mots que nous avons choisie à plusieurs coeurs et plusieurs mains est humaniste. L’écriture polyphonique de Dostoïevski nous a donné la matière vivante de cette partition puisée aux sources mêmes des dialogues du roman.

Une écriture proche du cinéma qui avance « par sauts », en traduisant tour à tour enthousiasme et fatalité. Une partition en accélération comme une pensée poétique qui traduit l’hébétude irrévocable dans laquelle tombe le Prince Mychkine. Une écriture résolument contemporaine qui dévoile les mécanismes de la folie et interroge notre état d’être au monde.

"J’ai commencé à faire de la dramaturgie avant de mettre en scène. Avoir pu expérimenter la dramaturgie nourrit énormément mon travail de metteur en scène, ça me donne un besoin de clarté, d’intelligibilité du texte scénique. Quand je fais de la dramaturgie, j’envisage la création d’un spectacle d’un point de vue intellectuel ; en tant que dramaturge je pense le texte avant de le jouer, alors qu’en tant que metteur en scène je fais exactement le contraire. Quand je dois expliquer ce que j’ai créé, il m’apparaît que les enjeux dramaturgiques sont très clairs, mais je ne les ai pas clairement pensés avant. En fait, en mettant en scène, je me suis rendue compte que j’avais depuis longtemps internalisé une sémantique de la scène, c’est devenu plus instinctif qu’autre chose. Je ne lis pas le texte autrement que pour connaître l’histoire, et le texte s’incarne dans les acteurs sans avoir besoin de théoriser."

Gabrielle